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Curiosité du Dimanche 23/2/14 – Machine de Goldberg


Je dois bien le constater : depuis que 2014 a commencé, c'est le premier dimanche où je poste une curiosité... parce que jusque là, pas moyen de me poser pour poster quoi que ce soit, j'étais comme emportée dans le mouvement d'une machine de Goldberg!

Une machine de  Goldberg réalise une tâche simple d’une manière délibérément complexe, le plus souvent à l’aide d’une réaction en chaîne. Elle tire son nom du dessinateur américain Rube Goldberg (1883-1970). On retrouve ce genre de machine dans de nombreux  dessins animés, films et jeux vidéo. Des concours de machines de Goldberg sont fréquemment organisés.

En 1987, les artistes suisses Peter Fischli et David Weiss en ont réalisé une version radicale de 30 minutes sans paroles : à partir d'un sac-poubelle qui se met lentement en mouvement, Der Lauf Der Dinge (Le cours des choses) filme une réaction en chaîne absurde et excitante dans laquelle le feu, l'eau, la gravitation et la chimie vont déterminer le cours des événements. En voici le début :

 


Dans un genre nettement plus extraverti, le groupe de rock américain OK Go a réalisé en 2010 un clip vidéo selon la principe de la machine de Goldberg pour un morceau intitulé This too shall pass (ceci aussi passera)...




Après ceci, je m'en vais me reposer, et j'espère reprendre un rythme de curiosités dominicales plus régulier! A dimanche prochain, donc...

Curiosité du Dimanche 15/12/13 – viola organista 


Un pianiste polonais s’est inspiré d’un ancien croquis de Léonard de Vinci pour construire la viola organista : le génial inventeur  avait produit de nombreux croquis très détaillés de machines qui n’ont finalement jamais vu le jour du vivant de leur créateur. C’est le cas pour cet instrument très particulier. Au cours des siècles, il y a bien eu quelques tentatives de le reproduire, mais jamais un instrument n’aura été si proche de ce que les croquis décrivent que celui fabriqué par le pianiste polonais Sławomir Zubrzycki.

De nos jours, il existe beaucoup d’instruments de musique électroniques capable de reproduire des sons qu’un seul instrument classique ne pourrait reproduire. Des synthétiseurs ultra-perfectionnés qui servent à de nombreux musiciens actuels. Pourtant, il existe bel et bien un instrument prodigieux capable de reproduire le son d’un petit orchestre… Avec un clavier ! La viola organista a la forme d’un piano dans lequel les cordes ne sont plus frappées mais frottées, comme la plupart des instruments à cordes classiques. Le mécanisme est donc différent de celui d’un piano classique : le musicien actionne des pédales qui font tourner des roues et des poulies qui viennent au contact des cordes pour les frotter et ainsi produire ce son que beaucoup caractérisent comme un croisement entre la viole de gambe, l’orgue, le violoncelle et le clavecin. Le tout donne une dimension plus orchestrale aux morceaux.

L’instrument a été présenté à Cracovie le 18 octobre 2013 devant une salle comble où le pianiste a  revisité des pièces composées par Marin Marais ou Antoine Forqueray.

Merci à Antoine Pickels de m'avoir fait découvrir cette curiosité instrumentale !


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Curiosité du Dimanche 3/11/13 – l'axolotl 


 En écho à mon cabinet Animalia que je reprends ce mardi 5 novembre à l'université de Louvain-la-Neuve, voici une petite vidéo d'un animal très particulier  : l'axoltol.
Il s'agit d'une salamandre originaire du Mexique, qui ne s’est pas métamorphosée :  l’axolotl vit et se reproduit à l’état larvaire (c’est ce qu’on appelle la néoténie). Il est de ce fait très étudié en biologie animale, d’autant plus qu’il est capable de reconstituer certains de ses organes endommagés ou détruits, même des parties de son cerveau! Il supporte aussi étonnamment bien les greffes. Et puis, il est si fascinant avec ses petites branchies en forme de plumes et ses petites pattes pointues...  L’axolotl ne bouge pas beaucoup – cela ajoute à son étrangeté – sauf quand il reçoit sa ration de vers de terre – car c’est un carnivore très vorace, comme vous pourrez le constater en voyant à l'oeuvre Pomone, l'axoltol albinos femelle que j'ai reçue à prêter pour un autre cabinet de curiosités sur la métamorphose...


L'écrivain argentin Julio Cortazar a consacré, en 1959, un très beau texte aux axoltols...

Il fut une époque où je pensais beaucoup aux axolotls. J'allais les voir à l'aquarium du Jardin des Plantes
et je passais des heures à les regarder, à observer leur immobilité, leurs mouvements obscurs. Et
maintenant je suis un axolotl. Le hasard me conduisit vers eux un matin de printemps où Paris déployait
sa queue de paon après le lent hiver. Je descendis le boulevard Saint-Marcel, celui de l'hôpital, je vis les
premiers verts parmi tout le gris et je me souvins des lions. J'étais très amis des lions et des panthères,
mais je n'étais jamais entré dans l'enceinte humide et sombre des aquariums. Je laissai ma bicyclette
contre les grilles et j'allais voir les tulipes. Les lions étaient laids et tristes et ma panthère dormait. Je me
décidai pour les aquariums et, après avoir regardé avec indifférence des poissons ordinaires, je tombai par
hasard sur les axolotls. Je passai une heure à les regarder, puis je partis, incapable de penser à autre chose.

À la bibliothèque Sainte-Geneviève je consultai un dictionnaire et j'appris que les axolotls étaient les
formes larvaires, pourvues de branchies, de batraciens du genre amblystone. Qu'ils étaient originaires du
Mexique, je le savais déjà, rien qu'à voir leur petit visage aztèque. Je lus qu'on en avait trouvé des
spécimens en Afrique capables de vivre hors de l'eau pendant les périodes de sécheresse et qui reprenaient
leur vie normale à la saison des pluies. On donnait leur nom espagnol, ajolote, on signalait qu'ils étaient
comestibles et qu'on utilisait leur huile (on ne l'utilise plus) comme l'huile de foie de morue.

Je ne voulus pas consulter d'ouvrages spécialisés mais je revins le jour suivant au jardin des Plantes. Je
pris l'habitude d'y aller tous les matins, et parfois même matin et soir. Le gardien des aquariums souriait
d'un air perplexe en prenant mon ticket. Je m'appuyait contre la barre de fer qui borde les aquariums et je
regardais les axolotls. Il n'y avait rien d'étrange à cela ; dès le premier instant j'avais senti que quelque
chose me liait à eux, quelque chose d'infiniment lointain et oublié qui cependant nous unissait encore. Il
m'avait suffit de m'arrêter un matin devant cet aquarium où des bulles couraient dans l'eau. Les axolotls
s'entassaient sur l'étroit et misérable (personne mieux que moi ne sait à quel point il est étroit et
misérable) fond de pierre et de mousse. Il y en avait neuf, la plupart d'entre eux appuyaient leur tête
contre la vitre et regardaient de leurs yeux d'or ceux qui s'approchaient. Troublé, presque honteux, je
trouvais qu'il y avait de l'impudeur à se pencher sur ces formes silencieuses et immobiles entassées au
fond de l'aquarium. Mentalement, j'en isolait un, un peu à l'écart sur la droite, pour mieux l'étudier. Je vis
un petit corps rose, translucide (je pensai aux statuettes chinoises en verre laiteux), semblable à un petit
lézard de quinze centimètres, terminé par une queue de poisson d'une extraordinaire délicatesse - c'est la
partie la plus sensible de notre corps. Sur son dos, une nageoire transparente se rattachait à la queue ; mais
ce furent les pattes qui me fascinèrent, des pattes d'une incroyable finesse, terminés par de tout petits
doigts avec des ongles - absolument humains, sans pourtant avoir la forme de la main humaine - mais
comment aurais-je pu ignorer qu'ils étaient humains ? c'est alors que je découvris leurs yeux, leur visage.
Un visage inexpressif sans autre trait que les yeux, deux orifices comme des têtes d'épingles entièrement
d'or transparent, sans aucune vie, mais qui regardaient et qui se laissaient pénétrer par mon regard qui
passait à travers le point doré et se perdait dans un mystère diaphane. Un très mince halo noir entourait
l'œil et l'inscrivait dans la chair rose, dans la pierre rose de la tête vaguement triangulaire, au contours
courbes et irréguliers, qui la faisaient ressembler à une statue rongée par le temps. La bouche était
dissimulée par le plan triangulaire de la tête et ce n'est que de profil que l'on s'apercevait qu'elle était très
grande. Vue de face, c'était une fine rainure, comme une fissure dans de l'albâtre. De chaque côté de la
tête, à la place des oreilles, se dressaient de très petites branches rouges comme du corail, une
excroissance végétale, les branchies, je suppose. C'était la seule chose qui eût l'air vivante dans ce corps.
Chaque vingt secondes elles se dressaient, toutes raides, puis s'abaissaient de nouveau. Parfois une patte
bougeait, à peine, et je voyait les doigts minuscules se poser doucement sur la mousse. C'est que nous
n'aimons pas beaucoup bouger, l'aquarium est si étroit ; si peu que nous remuions nous heurtons la tête ou
la queue d'un autre ; il s'ensuit des difficultés, des disputes, de la fatigue. Le temps se sent moins si l'on
reste immobile.

Ce fut leur immobilité qui me fit me pencher vers eux, fasciné, la première fois que je les vis. Il me
sembla comprendre obscurément leur volonté secrète : abolir l'espace et le temps par une immobilité
pleine d'indifférence. Par la suite, j'appris à mieux les comprendre, les branchies qui se contractent, les
petites pattes fines qui tâtonnent sur les pierres, leurs fuites brusques (ils nagent par une simple
ondulation du corps) me prouvèrent qu'ils étaient capables de s'évader de cette torpeur minérale où ils
passaient des heures entières. Leurs yeux surtout m'obsédaient. A côté d'eux, dans les autres aquariums,
des poissons me montraient la stupide simplicité de leurs beaux yeux semblables aux nôtres. Les yeux des
axolotls me parlaient de la présence d'une vie différente, d'une autre façon de regarder. Je collais mon
visage à la vitre (le gardien, inquiet, toussait de temps en temps) pour mieux voir les tout petits points
dorés, cette ouverture sur le monde infiniment lent et éloigné des bêtes roses. Inutile de frapper du doigt
contre la vitre, sous leur nez, jamais la moindre réaction. Les yeux d'or continuaient à brûler de leur douce
et terrible lumière, continuaient à me regarder du fond d'un abîme insondable qui me donnait le vertige.

Et cependant les axolotls étaient proches de nous. Je le savais avant même de devenir un axolotl. Je le sus
dès le jour où je m'approchai d'eux pour la première fois. Les traits anthropomorphiques d'un singe
accusent la différence qu'il y a entre lui et nous, contrairement à ce que pensent la plupart des gens.
L'absence totale de ressemblance entre un axolotl et un être humain me prouva que ma reconnaissance
était valable, que je ne m'appuyais pas sur des analogies faciles. Il y avait bien les petites mains. Mais un
lézard a les mêmes mains et ne ressemble en rien à l'homme. Je crois que tout venait de la tête des
axolotls, de sa forme triangulaire rose et de ses petits yeux d'or. Cela regardait et savait. Cela réclamait.
Les axolotls n'étaient pas des animaux.

De là à tomber dans la mythologie, il n'y avait qu'un pas, facile à franchir, presque inévitable. Je finis par
voir dans les axolotls une métamorphose qui n'arrivait pas à renoncer tout à fait à une mystérieuse
humanité. Je les imaginais conscients, esclaves de leur corps, condamnés indéfiniment à un silence
abyssal, à une méditation désespérée. Leur regard aveugle, le petit disque d'or inexpressif - et cependant
terriblement lucide - me pénétrait comme un message : "Sauve-nous, sauve-nous." Je me surprenais en
train de murmurer des paroles de consolation, de transmettre des espoirs puérils. Ils continuaient à me
regarder, immobiles. Soudain les petites branches roses se dressaient sur leur tête, et je sentais à ce
moment-là comme une douleur sourde. Ils me voyaient peut-être, ils captaient mes efforts pour pénétrer
dans l'impénétrable de leur vie. Ce n'étaient pas des êtres humains mais jamais je ne m'étais senti un
rapport aussi étroit entre des animaux et moi. Les axolotls étaient comme témoins de quelque chose et
parfois ils devenaient de terribles juges. Je me trouvais ignoble devant eux, il y avait dans ces yeux
transparents une si effrayante pureté. C'était des larves, mais larve veut dire masque et aussi fantôme.
Derrière ces visages aztèques, inexpressifs, et cependant d'une cruauté implacable, quelle image attendait
son heure ?

Ils me faisaient peur. Je crois que sans la présence du gardien et des autres visiteurs je n'aurais jamais osé
rester devant eux. " Vous les mangez des yeux ", me disait le gardien en riant, et il devait penser que je
n'étais pas tout à fait normal. Il ne se rendait pas compte que c'était eux qui me dévoraient lentement des
yeux, en un cannibalisme d'or. Loin d'eux je ne pouvais penser à autre chose, comme s'ils m'influençaient
à distance. Je finis par y aller tous les jours et la nuit je les imaginais immobiles dans l'obscurité, avançant
lentement une petite patte qui rencontrait soudain celle d'un autre. Leurs yeux voyaient peut-être la nuit et
le jour pour eux n'avait pas de fin. Les yeux des axolotls n'ont pas de paupières.

Maintenant je sais qu'il n'y a rien eu d'étrange dans tout cela, que cela devait arriver. Ils me
reconnaissaient un peu plus chaque matin quand je me penchais vers l'aquarium. Ils souffraient. Chaque
fibre de mon corps enregistrait cette souffrance bâillonnée, cette torture rigide au fond de l'eau. Ils
épiaient quelque chose, un lointain royaume aboli, un temps de liberté où le monde avait appartenu aux
axolotls. Une expression aussi terrible qui arrivait à vaincre l'impassibilité forcée de ces visages de pierre
contenait sûrement un message de douleur, la preuve de cette condamnation éternelle, de cet enfer liquide
qu'ils enduraient. En vain essayai-je de me persuader que c'était ma propre sensibilité qui projetait sur les
axolotls une conscience qu'ils n'avaient pas. Eux et moi nous savions. C'est pour cela que ce qui arriva
n'est pas étrange. Je collais mon visage à la vitre de l'aquarium, mes yeux essayèrent une fois de plus de
percer le mystère de ces yeux d'or sans iris et sans pupille. Je voyais de très près la tête d'un axolotl
immobile contre la vitre. Puis mon visage s'éloigna et je compris. Une seule chose était étrange :
continuer à penser comme avant, savoir. Quand j'en pris conscience, je ressentis l'horreur de celui qui
s'éveille enterré vivant. Au-dehors, mon visage s'approchait à nouveau de la vitre, je voyais ma bouche
aux lèvres serrées par l'effort que je faisais pour comprendre les axolotls. J'étais un axolotl et je venais de
savoir en un éclair qu'aucune communication n'était possible. Il était hors de l'aquarium, sa pensée était
une pensée hors de l'aquarium. Tout en le connaissant, tout en étant lui-même, j'étais un axolotl et j'étais
dans mon monde. L'horreur venait de ce que - je le sus instantanément - je me croyait prisonnier dans le
corps d'un axolotl, transféré en lui avec ma pensée d'homme, enterré vivant dans un axolotl, condamné à
me mouvoir en toute lucidité parmi des créatures insensibles. Mais cette impression ne dura pas, une patte
vint effleurer mon visage et en me tournant un peu je vis un axolotl à côté de moi qui me regardait et je
compris que lui aussi savait, sans communication possible mais si clairement. Ou bien j'étais encore en
l'homme, ou bien nous pensions comme des êtres humains, incapables de nous exprimer, limités à l'éclat
doré de nos yeux qui regardaient ce visage d'homme collé à la vitre.

Il revint encore plusieurs fois mais il vient moins souvent à présent. Des semaines se passent sans qu'on le
voie. Il est venu hier, il m'a regardé longuement et puis il est parti brusquement. Il me semble que ce n'est
plus à nous qu'il s'intéresse, qu'il obéit plutôt à une habitude. Comme penser est la seule chose que je
puisse faire, je pense beaucoup à lui. Pendant un certain temps nous avons continué d'être en
communication lui et moi, et il se sentait plus que jamais lié au mystère qui l'obsédait. Mais les ponts sont
coupés à présent, car ce qui était son obsession est devenu un axolotl, étranger à sa vie d'homme. Je crois
qu'au début je pouvais encore revenir en lui, dans une certaine mesure - ah ! seulement dans une certaine
mesure - et maintenir éveillé son désir de mieux nous connaître. Maintenant je suis définitivement un
axolotl et si je pense comme un être humain c'est tout simplement parce que les axolotls pensent comme
les humains sous leur masque de pierre rose. Il me semble que j'étais arrivé à lui communiquer cette
vérité, les premiers jours, lorsque j'étais encore en lui. Et dans cette solitude finale vers laquelle il ne
revient déjà plus, cela me console de penser qu'il va peut-être écrire quelque chose sur nous ; il croira qu'il
invente un conte et il écrira tout cela sur les axolotls.


 

 

Curiosité du Dimanche 28/07/13 – chute de la goutte la plus lente du monde


En ce temps de vacances, cette nouvelle est sans doute passée inaperçue, et pourtant l'une des expériences les plus longues jamais réalisées  vient de s'achever : le Trinity College de Dublin a filmé la formation de gouttes de poix pendant 69 ans. Le 11 juillet dernier, aux alentours de 17 heures, une goutte de la matière visqueuse est enfin tombée.

C'est en 1944 qu'un scientifique avait décidé de mettre en oeuvre une expérience afin de démontrer que la poix (une pâte dérivée du pétrole, deux millions de fois plus visqueuse que le miel et vingt milliards de fois plus visqueuse que l'eau) «solide en apparence, est bien un liquide», même à température ambiante.

La première expérience, réalisée à l'université de Queensland, en Australie, en 1927, n'avait pu être filmée. C'est donc en 1944 que les Irlandais ont lancé leur propre expérience. Sur le site du Trinity College, l'équipe en charge du projet explique avoir remarqué il y a quelques semaines qu'une goutte s'était formée, et a donc décidé de filmer, pour la première fois depuis 1927, la chute de la fameuse goutte.


 

 

 


Curiosité du Dimanche 07/07/13 – Variations hermaphrodites



En 175 av. J-C, Polyclès, sculpteur grec actif à Alexandrie, réalisa une sculpture représentant Hermaphrodite : fils d'Hermès et d'Aphrodite, celui-ci avait repoussé les avances de la nymphe Salmacis. Ne pouvant se résoudre à ce rejet, celle-ci obtint de Zeus que leurs deux corps soient unis pour toujours, d'où leur étrange mariage en un être bisexué, doté d'un sexe d'homme et de seins et d'un corps plutôt féminins.

De cet original grec perdu, plusieurs copies furent réalisées, à diverses époques, avec diverses variantes, témoignant de la fascination exercée par cet/te intersexuel/le troublant/e, nonchalamment étendu/e sur un drap et détournant la tête de ses doubles attributs au repos... La créature est endormie mais ne s'abandonne qu'à demi au sommeil : la pose contournée du corps et la tension qui affleure jusqu'au pied gauche légèrement soulevé trahissent l'état de rêve.

La plus célèbre de ces copies date de l'époque romaine et fut découverte à Rome près des thermes de Dioclétien en 1608. Elle comptait parmi les chefs-d'œuvre les plus admirés de la collection Borghèse aux XVIIe et XVIIIe siècles. En 1619, le cardinal Scipion Borghèse confie au sculpteur baroque italien Le Bernin l'exécution du matelas sur lequel repose désormais le marbre antique. L'oeuvre entre au Louvre après son achat par Napoléon Ier à son beau-frère le prince Camille Borghèse en 1807, avec l'ensemble de la collection Borghèse.



Je viens de découvrir, au musée du Louvre à Lens (qui vaut le détour), une autre version de cette hybride créature – hélas mutilée...





Il y a quelques mois, je découvrais celle du musée des beaux-arts de Lille, intacte celle-là...



En voici d'autres encore !

La réplique de Ludovisi aux musée des Offices à Florence...
 
 


Les deux exemplaires conservés à Rome, l'un à la Villa Borghèse,



l'autre au Palazzo Massimo.



Encore deux autres répliques en marbre, l'une conservée à Athènes,

 

 l'autre à Saint-Pétersbourg.

 


Il existe aussi des copies en bronze!

Voici celle que commanda Velasquez pour le roi d'Espagne, conservée au Prado.

 
Et une copie en bronze plus tardive, conservée au Metropolitan Museum à New York.



Le choix du sujet de l'hermaphrodite reflète le goût pour la nudité alanguie, l'effet de surprise et la théâtralité, très prisés à la fin de l'époque hellénistique. L'œuvre a été conçue pour être appréciée en deux temps. D'abord s'impose une gracieuse et sensuelle physionomie qui flatte la féminité du personnage et s'inscrit dans la tradition du nu féminin hellénistique, magnifié par la sinuosité de la position. Ensuite, le revers de la statue crée la surprise en révélant sa nature androgyne, usant du réalisme le plus cru. Cet effet de contraste et d'ambiguïté, voire ce goût pour l'étrange qui joue avec le trouble du spectateur, est un aboutissement de l'art hellénistique de la mise en scène. Rien d'étonnant que cet art ait plu à l'époque baroque! On interprète parfois cette combinaison utopique des deux sexes comme une création mi-ludique, mi-érotique, destinée à illustrer les réflexions philosophiques et platoniciennes sur l'amour. 


 

Curiosité du Dimanche 30/06/13 – Art cinétique


Deux fascinantes expos d'art "cinétique" à découvrir... en attendant l'été!


Turbulences II à la Fondation Boghossian (villa Empain) à Bruxelles (cliquez sur le titre) 
> jusqu'au 1/9/13

Contrairement à d’autres états de la matière dits « stables » ou « équilibrés », les processus turbulents sont extrêmement mouvants, irréversibles et imprévisibles.
Traversées par des flux fascinants, les œuvres présentées dans cette exposition témoignent de l’art de jouer avec les turbulences. L’ordre et le désordre, ici étroitement liés, proposent un univers fécond et dynamique, poétique et enchanté.





Dynamo (Un siècle de lumière et de mouvement dans l'art - 1913-2013) au Grand Palais à Paris (cliquez sur le titre) 
 > jusqu'au 12/7/13


Sur près de 4000m2, l’exposition montre, de Calder à Kapoor, comment de nombreux artistes ont traité les notions de vision, d’espace, de lumière et de mouvement dans leurs œuvres, en réalisant souvent des installations dans lesquelles le visiteur est partie prenante : les atmosphères chromatiques et changeantes d’Ann Veronica Janssens, les miroirs kaléidoscopiques de Jeppe Hein ou les réalisations in situ de Felice Varini.

Sur près de 4000m2, l’exposition montre comment, de Calder à Kapoor, de nombreux artistes ont traité les notions de vision, d’espace, de lumière et de mouvement dans leurs œuvres, en réalisant souvent des installations dans lesquelles le visiteur est partie prenante : les atmosphères chromatiques et changeantes d’Ann Veronica Janssens, les miroirs kaléidoscopiques de Jeppe Hein ou les réalisations in situ de Felice Varini. - See more at: http://www.grandpalais.fr/fr/evenement/dynamo#sthash.AsWI5Ucg.dpuf
 
Sur près de 4000m2, l’exposition montre comment, de Calder à Kapoor, de nombreux artistes ont traité les notions de vision, d’espace, de lumière et de mouvement dans leurs œuvres, en réalisant souvent des installations dans lesquelles le visiteur est partie prenante : les atmosphères chromatiques et changeantes d’Ann Veronica Janssens, les miroirs kaléidoscopiques de Jeppe Hein ou les réalisations in situ de Felice - See more at: http://www.grandpalais.fr/fr/evenement/dynamo#sthash.AsWI5Ucg.dpuf

Sur près de 4000m2, l’exposition montre comment, de Calder à Kapoor, de nombreux artistes ont traité les notions de vision, d’espace, de lumière et de mouvement dans leurs œuvres, en réalisant souvent des installations dans lesquelles le visiteur est partie prenante : les atmosphères chromatiques et changeantes d’Ann Veronica Janssens, les miroirs kaléidoscopiques de Jeppe Hein ou les réalisations in situ de Felice Varini. - See more at: http://www.grandpalais.fr/fr/evenement/dynamo#sthash.AsWI5Ucg.dpuf

Curiosité du Dimanche 05/05/13 – La transe chamanique, capacité du cerveau ?
 
Voilà plusieurs dimanches que je n’ai plus posté de curiosités mais j’espère me rattraper aujourd’hui avec quelques vidéos TED, dont celle de Corine Sombrun, journaliste pour la BBC racontant avec humour son expérience chamanique et ses effets sur le cerveau...

Les conférences TED (Technology, Entertainment and Design) sont des conférences internationales organisées par une fondation américaine (Sapling Foundation) depuis 1984. Cette fondation définit sa mission comme « propagateur d'idées », et met gratuitement à la disposition du public les meilleures conférences sur son site Web. Les exposés couvrent un large éventail de sujets, tel que la science, les arts, la politique, les questions mondiales, l'architecture, la musique et plusieurs autres sphères de compétences. Les intervenants eux-mêmes sont d'une grande variété de disciplines. Il y a bien sûr à boire et à manger dans ce vaste panel, mais en tous cas de quoi alimenter votre curiosité!

 

Toujours à propos du cerveau, voici une intervention de la neuroscientifique Virginie Van Wassenhove qui travaille sur la dynamique cérébrale humaine... 



Et pour terminer, une intervention du philosophe et psychanalyste Miguel Benasayag qui rappelle l'importance des limites par rapport aux croyances technoscientifiques...




 

Curiosité du Dimanche 31/03/13 – L'accouplement des limaces léopard


Dans le prolongement de mon cabinet de curiosités Animalia présenté cette semaine au Kaaistudio à Bruxelles, voici une vidéo du documentariste Michael Attenborough sur l'incroyable accouplement de la limace léopard.
Il s'agit d'une limace tachetée longue d'environ 13 cm (pouvant aller jusqu'à 20 cm, d'où son nom latin Limax maximus). L’espèce est principalement répandue en Europe centrale, mais peut également se trouver dans les latitudes tempérées du monde. Cette limace vit en milieu humide, à proximité des cours d’eau, mais aussi dans les forêts, les jardins et les parcs. Sa longévité est de 2 ans et demi à trois ans.

Comme la majorité des gastéropodes, ces limaces sont hermaphrodites et disposent donc à la fois des organes génitaux masculins et féminins. La maturité sexuelle est atteinte à un peu plus d’un an et demi. Les comportements prénuptiaux peuvent différer énormément selon les espèces, mais l’accouplement reste semblable : le couple commence par escalader un arbre ou une construction, puis se suspend dans le vide à l’aide d’un fil de mucus. Chaque partenaire fait alors pendre son organe génital (de couleur blanc bleuté) vers le bas, et ceux-ci s’enroulent pour permettre la fécondation.  La gonade unique produit des spermatozoïdes et des ovules. Et la copulation visqueuse de se muer en sensuelle étreinte chorégraphique...